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Histoire du petit Lezard

Il y avait une fois, un roi qui possédait une tour sur la colline. Il fit savoir qu’il avait besoin d’un gardien pour la surveiller.

« Quiconque saura la défendre, disait-il, aura une récompense magnifique. »

Un jeune homme vaillant, robuste, courageux, se présenta.

« Voici une cuirasse, un casque, une épée, une lance, lui dit le roi. Seulement, prends garde à ta mission : ne laisse entrer personne dans la tour ! Si tu la gardes pendant tout l’hiver, ta fortune est faite ! »

Assuré du succès, le jeune homme endossa son équipement et partit sur la colline. Du haut des créneaux, il observait l’horizon.

Parfois, des visiteurs s’approchaient :

« Pouvons-nous monter sur la tour ? »

« Non, l’entrée est interdite ! »

« Et pour quarante sous ? »

« Ni pour quarante, ni pour cent sous ! »

Quand ils insistaient, le jeune gardien les menaçait de sa lance.

« Ce n’est pas difficile de garder la tour, pensait-il .J’aurai sûrement

ma récompense ! »

Parfois, le temps lui paraissait long, car le donjon était isolé, et le jeune homme n’avait pas vingt ans .

Un soir, vers cinq heures, le jeune gardien entendit un petit grattement.

« Est-il permis de monter dans la tour ? »

« Non, personne ne peut monter ! »

« Mais …je na suis pas une personne ! »

« Qui donc es-tu ? »

« Je suis un petit lézard ! »

« La porte doit rester fermée ! »

« Tu n’as pas besoin de l’ouvrir. Il suffit de l’entrebâiller. D’ailleurs, je ne resterai pas longtemps :dix minutes. »

Le jeune homme pensa :

« Un lézard n’est pas une personne….Entrebâiller la porte, ce n’est pas l’ouvrir …dix minutes, n’est pas bien long…. »Il lui dit :  « Monte ! »

Dès qu’il fut entré dans la tour, le petit lézard, parlant fort bien, charma son hôte par une conversation passionnante. Quand il partit, le gardien lui dit :

« Tu pars déjà ? »

« Eh, oui ! Les dix minutes sont passées ! »

« Il était bien gentil ce petit lézard ! »songeait le jeune garçon.

Le lendemain, vers cinq heures du soir, comme la nuit commençait, un petit grattement se fit entendre.

« Puis-je monter ? »

« Ah !C’est toi ? »

« Oui, je ne reste pas longtemps :un quart d’heure seulement. »

Il s’installa près du foyer, puis, au moment fixé, il disparut. Le troisième jour, vers cinq heures, nouveau grattement, nouvel appel.

« Puis-je monter ?Je ne resterai pas longtemps :une demi-heure ! »

Le petit lézard monta, la demi-heure s’envola comme un rêve. Lorsqu’elle fut à son terme, le petit lézard laissa échapper une plainte :

« Ce soir, il fait froid !Il vente, il pleut, il neige. Ne me permets-tu pas de passer la nuit dans la tour ?Je me blottirai dans les pierre du foyer et je partirai demain matin. »

Après un peu d’hésitation, le jeune homme accepta. La conversation animée se poursuivit jusqu’à minuit. Puis, le jeune gardien alla prendre son repos. Mais il dormit mal cette nuit-la. Il se retournait dans son lit, troublé par des cauchemars.

Le lendemain, au réveil, il pensa :

« Ce qui m’ennuie ?C’est ce petit lézard !Je vais le chasser ! »

Mais le lézard avait grandi pendant la nuit. Il avait plus d’un mètre de long et une belle épaisseur !

« Je vais le tuer ! »pensa aussitôt le jeune homme. Mais par mégarde, il avait laissé près de la cheminée sa lance et son épée. Quand il voulu s’en emparer, le monstre bondit sur lui, prêt à le dévorer.

Sans casque, sans cuirasse, sans épée, le jeune homme bouleversé descendit l’escalier et sortit pour chercher de l’aide, laissant la porte ouverte derrière lui.

Comme il arpentait la colline, anxieux, il vit apparaître le roi !

« Que fait-tu là ?C’est ainsi que tu gardes ma tour ? »

« Il m’est arrivé un malheur ! »

« Ah !Tu y as laissé entrer quelqu’un, »

« Oh, ce n’était pas quelqu’un ! »

« Non ?Qui donc alors ? »

« Un petit lézard qui s’est transformé en monstre une fois entré ! »

« Ah, dit le roi, viens avec moi ! »

Comme ils s’approchaient du donjon, la tête du monstre apparut entre les créneaux :une patte pendait à droite et une autre à gauche. Le corps du monstre remplissait l’escalier et sa queue sortait par la porte.

« Est-ce ainsi que tu as gardé la tour ?

Le jeune homme était consterné. Le roi, qui était puissant, prit alors son épée et transperça le monstre qui poussa un grand cri . Puis, il dit à ses serviteurs :

« Nettoyez la tour ! »

Se tournant avec tristesse vers le jeune gardien :

« Quant à toi, tu as perdu ta récompense ! »

La leçon de cette légende est facile à saisir :

_La tour qu’il faut garder, c’est notre cœur.

_Le gardien, c’est chacun de nous.

_Le petit lézard, c’est le péché, d’abord subtil, discret, et bientôt envahissant.

_Le roi qui ordonne et qui rétribue, c’est Jésus-Christ.

_La récompense, c’est la gloire à venir.